Sylver Talom: « J’étais la bête noire de tous les attaquants »

Ancien joueur de Flèche Noire de Douala, de Dihep Di Nkam, de Bamboutos FC DE Mbouda, du Racing FC de Bafoussam et des Lions Indomptables du Cameroun, il marqué les esprits pendant sa carrière de footballeur. Présenté comme l’un des meilleurs défenseurs de tous que le Cameroun ait connu, il livre dans cette interview exclusive, sa recette magique. De même, il parle de sa nouvelle vie et de quelques anecdotes de ses années sur les terrains de football.

Que devient Sylver Talom ?

Je réside toujours à Bafoussam, en service à la Communauté urbaine (Cub). C’est grâce au football que mon ‘’père’’ Emmanuel Nzété m’a recruté à la Cub. Je suis à ma 33ème année de service.

En tant qu’ancienne gloire du Racing de Bafoussam, êtes-vous toujours impliqué dans les affaires de cette équipe ?

Pour être sincère, je n’occupe aucun poste dans le Racing de Bafoussam parce j’ai constaté que le milieu du football a tellement d’intrigues et j’ai préféré prendre mes distances pour éviter de me faire humilier et salir mon image construite par le passé. Pour le moment, je m’occupe uniquement de mon travail.

Vous avez marqué le football camerounais à votre époque. Pouvez-vous rafraîchir la mémoire  à la jeune génération en revenant sur certains de vos exploits ?

J’ai joué au Racing de Bafoussam de 1988 à 1991. Avec ce club, j’ai remporté un titre de champion du Cameroun en 1989 et une Coupe du Cameroun en 1990. Le conseil que je peux donner à mes petits-frères aujourd’hui, c’est de se sacrifier. Le football est un grand métier et pour réussir, il faut beaucoup de sacrifices. Or je me rends compte qu’aujourd’hui que les enfants ont tellement l’œil sur les finances, oubliant qu’il faut d’abord le rendement pas pour le club, mais pour soi-même parce que quand ils sont sur le terrain, ils oublient qu’il y a des gens dans les gradins qui les observent et c’est à eux de travailler pour mieux gagner leur pain.

L’on vous reconnait comme ce défenseur qui ne laissait aucune chance aux attaquants. Georges Weah, le président du Libéria en a fait le témoignage. Qu’est-ce qui faisait réellement la force de Sylver Talom ?

Il n’y a pas de magie dans le football, car la vraie magie c’est le travail. Avant les entrainements de 12 heures, je sortais de chez moi à 4 heures ou 5 heures du matin pour un footing personnel jusqu’à Tobe-Bandjoun (environ 13 kilomètres). A mon retour, je me reposais et allait à mon service. A 11 heures 30 minutes, j’étais déjà au stade pour les entrainements de midi sous un soleil accablant. En plus du travail, ce qui faisait ma force c’était la concentration que je continue de conseiller aux jeunes footballeurs d’aujourd’hui.

Que ressentez-vous aujourd’hui en apprenant que beaucoup d’anciens attaquants qui ont marqué ce championnat de leur empreinte, ont un bon souvenir de vous ?

J’étais la bête noire de tous les attaquants. Je pense à Maboang Kessack, Djonkep Bonaventure, Eyobo Paul Agachi, Georges Weah, le Togolais de la Panthère de Bangangté dont le nom m’échappe, Japhet Ndoram, Koffi Abré...J’étais la bête noire de tous les attaquants. Et le travail a été la clé pour atteindre ce niveau.

Avez-vous l’impression aujourd’hui que le football vous restitue ce que vous avez donné à ce sport-là ?

Le football est ce qu’il est. Je vous ai dit plus haut que je suis à ma 33ème année de service à la Cub grâce au Racing, grâce au football. Le Racing m’a pris à Bamboutos FC quand je travaillais à la Coopérative agricole des planteurs des Bamboutos (Caplabam) à Mbouda grâce au football. Après Dihep Di Nkam, feu le président Fofié est venu me chercher à Douala pour Bamboutos FC. C’était mon premier club en 2ème division. Puisqu’après Flèche Noire en Ligue de football du Wouri, j’ai été immédiatement été recruté à Dihep Di Nkam en 1ère division. Cette équipe n’avait des juniors à l’époque. Et avec mon gabarit, ma détermination, j’ai pu avoir une place à Dihep alors que j’étais âgé d’à peine 16 ans. Et il fallait surpasser les gars Douala ou les côtiers en général pour jouer à Dihep Di Nkam.

Vous avez dit plus haut avoir pris du recul dans le football. Ne pensez-vous pas que les anciennes gloires que vous êtes ont une part de responsabilité dans la reconstruction du football camerounais ?

Je n’ai pas eu de chance qu’on puisse me solliciter dans l’encadrement des jeunes d’aujourd’hui. Pour le moment, je concentre mon énergie pour mon travail à la CUB parce que je suis la femme de quelqu’un (sourire). A la moindre absence au travail sans autorisation, je risque de perdre ce travail-là. Et comme je sais que le football est ingrat, je ne peux pas négliger mon travail alors que je ne peux pas avancer avec l’encadrement des enfants. C’est cela qui me fait être réticent.

Avez-vous encore rencontré Georges Weah, cet attaquant à qui vous avez causé des misères ?

Jusqu’aujourd’hui, je n’ai jamais pu avoir ses coordonnées. Je souhaite vraiment avoir les contacts de son Excellence Weah Obong Georges.

Et si vous le rencontrez aujourd’hui, quel est le message que vous souhaitez lui passer ?

Juste lui dire que son collègue, son coéquipier vit toujours. Et que même étant toujours au Cameroun, je pense à lui. L’année où il est venu jouer le jubilé de la famille Biyik, on avait une réunion au palais des sports avec les Roger Milla, Kaham Michel, feu Massing Benjamin. Après la réunion, je suis allé le voir au stade omnisports de Yaoundé, à la fin de la rencontre. On a dialogué pour quelques secondes, mais on s’est séparé en queue de poisson. Je lui ai montré la carte photo où j’étais avec Abdoulaye le Tchadien et lui. Très ému, il a pris cette photo et a mis dans la poche de sa veste, mais elle n’avait pas mes coordonnées.

Quel est votre meilleur souvenir en tant que footballeur ?

« On ne m’avait jamais mis sur le banc de touche parce que je suis en méforme »

C’est que durant toute ma carrière, j’ai toujours sorti la tête de l’eau. Partout où j’ai enfilé le maillot, on m’a toujours apprécié. On ne m’avait jamais mis sur le banc de touche parce que je suis en méforme. Dès que le coach me donnait une chance, je l’exploitais, je mettais le titulaire à côté.

Quel est la différence entre le football tel qu’il se joue aujourd’hui et celui de votre époque ? Est-ce que c’est la même chose ?

C’est le jour et la nuit. Nos enfants d’aujourd’hui n’ont pas le sens du patriotisme. Pour eux l’essentiel c’est de se remplir d’abord les poches. Or chez nous, il était plus question de défendre les couleurs du village ou les couleurs du pays avant d’attendre les miettes. Dites-vous qu’on pouvait aligner cinq matchs sans prime d’entrainement, mais on se sacrifiait pour continuer à satisfaire nos supporters. Ce qui faisait notre force était que même à Ngaoundéré, Douala, Yaoundé, bref partout au Cameroun, on avait toujours nos supporters qui prenaient tous les risques d’être avec nous. On jouait d’abord pour les satisfaire.

Que faut-il pour revenir à cette belle époque ?

C’est difficile parce que ce n’est plus la même génération. Aucun enfant n’est prêt à jouer pour l’honneur, jouer à crédit. Ils veulent argent en main, godasses dans les pieds. C’est ce qui baisse un peu le niveau de notre football aujourd’hui. Personne ne veut se sacrifier pour jouer d’abord pour soi-même pour être sollicité ailleurs. A notre temps, il n’y avait pas d’argent et on jouait. Aujourd’hui, vous voyez un joueur qui peut même pas finir 90 minutes, demander des millions Fcfa pour jouer. Ça ne vaut pas la peine. Un joueur devrait demander de l’argent quand il sait qu’il peut satisfaire le club.

Ne regrettez-vous pas d’avoir été de l’autre l’époque ?

On dit souvent que les cinq doigts ne sont pas égaux. Il y a des anciens joueurs qui sont des employeurs, d’autres qui ne sont même pas à mon niveau (employé). Donc je ne regrette pas parce que je vis chez moi et j’ai mon petit job. Dans moins de trois ans, je vais prendre ma retraite et  je vais toucher ma pension même si je continue à dormir chez moi grâce au football.

Avez-vous des enfants qui jouent au football ?

J’ai mon fils qui joue à AS Matelots. Il s’agit de Tchapet Sinclair. Les autres ont commencé, mais ont abandonné pour se consacrer à autre chose et n’avait plus de temps d’entrainement. Or le football c’est le travail.

Quand vous regardez votre fils aujourd’hui, avez-vous l’impression qu’il reflète l’image du joueur que vous avez été ?

On ne joue pas au même poste. Je regrette d’avoir freiné mon fils pendant deux ans parce que je voulais qu’il obtienne d’abord son Baccalauréat. C’est un joueur talentueux. Il est polyvalent, peut jouer milieu de couloir gauche, milieu offensif et défensif.

Si vous avez un vœu, ce serait lequel ?

Je souhaiterai que mon fils Sinclair Tchapet puisse remplacer valablement son père, qu’il aille plus loin ; là où je n’ai pas eu la chance d’arriver.

Interview réalisée par Vivien Tonfack, à Bafoussam

 

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